samedi 16 avril 2011

Soleil levant - SORD


De toutes les sociétés japonaises qui fabriquent des ordinateurs, celle qui est peut-être la plus intéressante compte parmi les moins bien connues : SORD, entreprise de taille moyenne.




Le nom SORD a été formé par contraction des mots Software et haRDware; il est révélateur de la vocation de cette société, qui a toujours accordé autant d'importance à la mise au point de logiciels qu'à celle des machines elles-mêmes.

La firme a connu des débuts modestes. Son président, Takayoshii Shiina, quitta l'université pour entrer à Rikei Industries, société relativement prospère, cotée au deuxième rang, à la bourse de Tokyo, en 1967. Il s'employa à redéfinir la politique commerciale de la société.

C'est en 1970 que Shiina et un de ses amis furent prêts à créer leur propre société. Ils fondèrent donc SORD, avec un capital de 20 000 F. Shiina n'en continua pas moins à travailler pour Rikei jusqu'au mois de décembre de la même année. Les premières réalisations de SORD furent un testeur logique bon marché, ainsi que des travaux de programmation réalisés sous contrat.

Dès 1971, le chiffre d'affaires de SORD atteignait un niveau enviable, toujours grâce, principalement, à des programmes réalisés à la demande. Deux ans plus tard, la société commença à produire du matériel, et à la fin de 1974, elle commercialisait un lecteur de disquettes avec une interface qu'elle avait elle-même réalisée. Ensuite apparut le SMP-80/20, l'un des premiers ordinateurs japonais dérivés de l'Intel 8080.

Le SMP-80/20 connut un succès remarquable, et les commandes affluèrent. Mais Shiina avait de grands projets d'expansion. En 1977, il vendit 20 % des parts de la société à Toppan, l'une des plus grosses imprimeries du pays. SORD disposa ainsi de moyens financiers qui lui permirent de mettre au point des logiciels adaptés à sa gamme sans cesse plus variée d'ordinateurs, dont, en 1981, PIPS.

PIPS était une gamme de logiciels en avance sur son époque. C'était en effet l'un des premiers logiciels intégrés au monde, et c'est surtout lui qui permit à SORD d'acquérir une position ferme sur le marché. PIPS combine trois fonctions (tableau, traitement de texte, et base de données) sous une forme telle que même des personnes n'ayant jamais utilisé un ordinateur pouvaient apprendre à s'en servir en quelques heures.

Les programmes d'usage courant, dans le domaine des affaires, aussi bien en Europe qu'aux États-Unis, n'avaient pas encore fait leur apparition au Japon, pour deux sortes de raisons : tout d'abord, les Japonais répugnant  généralement à importer quoi que ce soit qu'ils puissent faire eux-mêmes, on ne trouvait au Japon que fort peu de logiciels d'origine américaine. En second lieu, les Japonais sont de piètres linguistes. Si un manuel de Digital Research, en CP/M, constitue un document difficile à déchiffrer pour un lecteur européen moyen, c'est pour un Japonais... du chinois! L'absence de programmes d'applications disponibles sur le marché offrit donc à SORD un créneau qu'elle s'empressa d'exploiter.

SORD commença à développer la série M200 d'ordinateurs dérivés du Z-80, puis la série M23. Ensuite, celle des M343 permit de satisfaire une plus large gamme de besoins. Le M5 fut créé pour le marché national des jeux électroniques, et l'on a aujourd'hui la série M68, qui comporte à la fois des processeurs Z-80 et Motorola 68000, les petits ordinateurs d'affaires M243, et le M285 à 32 bits qui permet l'emploi de programmes VAX-11 et est bien adapté à la conception assistée par ordinateurs.

Aucun autre fabricant au monde ne propose une gamme aussi étendue de matériels sur le marché, et chaque ordinateur SORD est vendu avec le logiciel correspondant. Le seul reproche que l'on puisse faire à SORD est de ne vendre, pour ainsi dire, que du matériel « clés en mains », sans qu'il soit possible d'acheter un ordinateur seul. Les clients n'ont donc pas la possibilité d'utiliser des logiciels autres que ceux que propose SORD.

La société japonaise a tenté de remédier à cette carence avec le système SB-80, proposé en option avec la série de ses ordinateurs M23, dérivés du Z-80. Le SB-80 est l'équivalent du système CP/M 2.2 de Digital Research, et permet l'utilisation du logiciel CP/M, pour la.première fois sur un ordinateur SORD. SORD a fait un autre effort dans la même direction en diffusant le p-Système de l'UCSD (University of California at San Diego).

Aux utilisateurs qui se contentent de ses propres logiciels SORD propose plusieurs BASIC performants, son système SB-80, PIPS, et un système de traitement de texte Wang.

SORD s'est également efforcé d'emboîter le pas aux constructeurs de micro-ordinateurs tels que DEC, en proposant des systèmes dont la mise en œuvre est possible sur du matériel domestique. Dans le même temps, une idée s'imposait chez tous les autres constructeurs d'ordinateurs : la standardisation et la compatibilité entre produits de firmes différentes constituent les meilleurs moyens de développer le marché. SORD a, jusqu'à présent, manifesté une certaine lenteur à s'adapter à cette tendance.

SORD n'en continue pas moins à se signaler par des innovations dans le domaine des logiciels, mais on lui reproche souvent de ne fournir à ses clients que des documentations insuffisantes, concernant ses produits. 

Ces deux dernières années, il est vrai, SORD n'a pas ménagé ses efforts en vue d'offrir une bonne documentation sur PIPS et sur son système de traitement de texte. Il semble qu'une documentation approfondie sur ses ordinateurs fasse encore défaut, et SORD n'encourage guère les entreprises qui pourraient créer des logiciels utilisables sur ses machines.

Les années qui viennent seront probablement critiques pour SORD, qui doit faire face à la concurrence de puissants rivaux japonais, comme à celle d'IBM. Pourtant Takayoshii Shiina continue à croire à l'avenir des entreprises de taille modeste, et il est vrai qu'il a su donner à SORD une réputation internationale.


PIPS

PIPS (Pan Information Processing System) est le seul logiciel de gestion de SORD. C'est un programme général destiné à différentes tâches de la gestion des affaires, depuis la comptabilité jusqu'à la représentation graphique. Il démontre une curieuse approche du marketing à la japonaise car il n'est disponible que sur certaines machines de cette société. Cela peut donner une bonne raison pour acheter un ordinateur SORD, mais l'intérêt du produit est limité.


Les options SORD

Les machines les plus connues de SORD sont l'ordinateur domestique M5 et le portable d'affaires M23P. Ce dernier met en œuvre de nouveaux standards pour un portable en offrant des disquettes Sony et un affichage à cristaux liquides de 80 colonnes.


Lève-toi et joue (Atari - Nolan Bushnell)


Lorsque Nolan Bushnell connecta un microprocesseur à son poste de télévision et mit au point Pong, le premier jeu vidéo, il ne se doutait sans doute pas des conséquences.





L'idée de Bushnell était simple : donner au spectateur le moyen de contrôler ce qu'il voyait sur l'écran... De quoi bouleverser l'industrie du divertissement, captiver des millions de jeunes, et causer le plus grand tort à leur argent de poche.

Avec deux partenaires, Ted Dabney et Larry Bryan, Bushnell consacra quelques centaines de dollars à la promotion de Pong. A sa première apparition en 1972, à Sunnyvale (Californie), Pong ne tarda pas à se montrer extrêmement rentable. Les jeux vidéo venaient de naître et, avec eux, la société Atari, que Nolan Bushnell fonda à cette époque. Peu après, la décision fut prise d'acheter les droits de l'invention de Bushnell. C'est en 1976 que la grande compagnie américaine, la Warner Communications Inc., rachète Atari. Au passage, Bushnell reçoit quelque 15 millions de dollars. Multimillionnaire en moins de quatre ans!... De là date la domination d'Atari sur le marché des jeux vidéo, même si c'est la filiale américaine de Philips, Magnavox, qui proposa la première le système de la console de jeux branchée sur un téléviseur.

La firme maintint sa position dominante jusqu'à la fin des années soixante-dix, quand les habitués commencèrent à délaisser les jeux d'arcades pour les micro-ordinateurs. Vendre des jeux est un peu comme vendre des disques : il faut dénicher les futures vedettes et assurer leur promotion. Il était donc logique qu'Atari entrât dans le giron de Warner Communication International, cet énorme conglomérat financier bien connu dans les milieux de la musique et du cinéma. Mais la période des vaches grasses prit fin, et en 1983 les recettes diminuèrent d'environ 25 %.

Habilement lancé par Atari, Space Invaders, de la firme japonaise Taito, est sans doute le plus connu de tous les jeux pour ordinateurs. II devint un véritable phénomène social, et donna naissance à d'innombrables répliques de ce « combat à mort à travers la galaxie ». Continuant sur sa lancée, Atari mit en circulation d'autres gros succès : Asteroids, Battlezone, Centipede, Lunar Lander, Missile Command, The Tempest, et, jusqu'à la fin des années soixante-dix, fut au centre du boom des jeux d'arcades.

Puis celui-là s'interrompit aussi brutalement qu'il avait commencé. Les clients étaient passés aux micro-ordinateurs pour deux grandes raisons : on pouvait jouer aux mêmes jeux, mais sans bourse délier; et on disposait par surcroît d'une machine capable de faire bien des choses.


Atari entreprit d'abord d'adapter ses meilleurs jeux d'arcades à l'intention des ordinateurs domestiques. Des cartouches à semiconducteurs s'enfichaient à l'arrière de ceux-ci et suppléaient ou remplaçaient la mémoire morte. Le système était très pratique, puisqu'on n'avait pas besoin de charger le programme à partir d'une cassette ou d'une disquette; mais l'emploi des semi-conducteurs imposait des prix de vente élevés. Par ailleurs, les cartouches n'étant pas reprogrammables (leur contenu était gravé dans les circuits), l'échec commercial d'un jeu laissait à la firme des stocks inutilisables.

La roue tourne

Atari commit aussi de grosses erreurs de marché. Les prévisions de ventes avaient été établies par référence à celles de PacMan, qui avait connu un succès colossal; il fallut bien payer le prix de cet optimisme surfait. Les invendus firent l'objet d'un inventaire, et quatorze camions  menèrent jusqu'à  un grand trou, creusé dans le désert du Nevada, des cartouches qui valaient entre 8 et 25 dollars...

Atari négligea également une particularité unique des jeux pour ordinateurs : il n'est pas nécessaire de les déposer sur un support tangible; on peut les transmettre sans problème par téléphone ou par câble, les diffuser à la radio ou à la télévision.

Pour cela, il est désormais possible de recourir à des techniques ou à des matériels nouveaux. En 1983, par exemple, une compagnie américaine, la Romox Corporation, dévoila une machine appelée Romox Programming Terminal. Elle comporte un disque d'une capacité de 15 méga-octets, qui peut être mis en relation par téléphone avec une base de données comportant de nombreux logiciels de jeux. Il y a aussi un programmeur d'EPROM, sur lequel on peut enficher la plupart des cartouches. Cela signifie qu'on peut désormais se rendre chez le détaillant le plus proche, consulter la liste des jeux les plus vendus, en choisir un et le voir aussitôt gravé sur une cartouche Romox vierge.

Toujours aux États-Unis, Bill van Meister a lancé Gameline, dont on pourrait résumer la formule par : « Jouez maintenant, payez plus tard ! » La firme vend un modem qui raccorde la console de jeux Atari VCS au téléphone. Il en coûte 1 dollar pour trois quarts d'heure de jeu.


Deux des plus gros réseaux informatiques de communication des États-Unis, Compuserve et The Source, proposent des jeux parmi l'éventail de services qu'ils offrent à leurs abonnés. Coleco, autre célèbre fournisseur de jeux vidéo, a conclu un accord avec ATT (American Téléphone and Telegraph) pour promouvoir un système de jeu interactif. Atari, pensant également que là est l'avenir, s'est associé avec Acti-vision pour un projet nommé Ataritel. Encore mystérieux, ce projet doit aussi lui permettre l'envoi de programmes de jeux par téléphone. Tant que la firme appartiendra au groupe Warner, tout restera possible : car la maison mère possède la Warner Amex Cable Communications, un réseau dont tout dépend; si elle décidait de mettre en vente Atari, le projet n'aurait plus de raison d'être.

Les problèmes d'Atari, bien réels, viennent en partie des luttes internes entre le département des jeux vidéo, en perte de vitesse, et celui des ordinateurs domestiques, en pleine croissance. La firme propose cependant toute une gamme de micro-ordinateurs qui ont longtemps été parmi les meilleurs pour ce qui est des possibilités graphiques et de la commodité d'emploi. Les nouveaux modèles disposent de trois circuits intégrés spécifiques, familièrement appelés Pokey (ports d'entrée et de sortie), Antic (le graphisme) et GTIA (la couleur).

Tous sont construits autour du microprocesseur 6502, et de nombreux programmes utilitaires sont déjà disponibles. On peut citer parmi eux : VisiCalc, Atariwriter (un traitement de texte), et un programme de gestion domestique. Les ordinateurs Atari peuvent par ailleurs recevoir le Personal CP/M de Digital Equipment, grâce à l'adjonction d'une carte comportant un microprocesseur Z80.

Atari ne se désintéresse pas pour autant des logiciels. Ses filiales étrangères sont largement mises à contribution et les meilleurs programmes sont transformés afin qu'ils puissent tourner sur d'autres ordinateurs (ceux qui se vendent le mieux). Des talents nouveaux de créateurs sont recherchés. Après une brève période très difficile, Atari semble pouvoir retrouver sa grandeur d'antan.


Nolan Bushnell

Le destin d'Atari est lié à l'origine à celui d'un seul homme : Nolan Bushnell. Lorsqu'en 1971 il créa Pong, le premier jeu vidéo, il ignorait sans doute quelle boîte de Pandore il venait d'ouvrir.



Bill Gates donne le ton


En une dizaine d'années à peine, Microsoft est devenu, parmi les créateurs de logiciels, celui qui donne le ton à tous les autres. IBM l'a courtisé, et Microsoft a participé à l'élaboration de l'IBM PC.




Au lycée de Seattle, l'association des parents d'élèves avait vu loin, en dotant l'école d'un terminal relié à un mini-ordinateur DEC PDP-11. Bill connaissait donc bien l'informatique avant même d'aller à l'université de Harvard. Ensuite, il créa une société, Traff-O-Data, dont la tâche était d'établir un contrôle de la circulation dans la ville de Seattle. C'était une époque importante dans le développement des microordinateurs : les premiers microprocesseurs venaient de paraître, et les amateurs de l'informatique voyaient déjà un bel avenir dans les puces 4004 et 8008 de Intel. Bill connaissait le DEC PDP-11 sur le bout des doigts, et l'un de ses premiers travaux fut de dépister et de guérir les maux de cet ordinateur. Il eut l'idée de modifier son basic pour l'appliquer au microprocesseur 8008.

Il ne disposait pas de système de développement, et les premiers essais du nouveau langage eurent lieu sur la machine elle-même. Incroyable mais vrai : tout marchait à merveille du premier coup. C'était la naissance du mbasic, langage qui est resté, depuis lors, le modèle à suivre.

Vers le Japon

Microsoft commençait à se faire une réputation dans la conception de systèmes d'exploitation pour de nouveaux ordinateurs. IBM prit contact avec Gates pour demander conseil concernant la spécification et l'équipement d'un ordinateur personnel. D'abord, Gates les renvoya chez Gary Kildall de Digital Research, qui venait de se faire remarquer avec la réussite de son CP/M. Mais IBM revint à la charge, et Microsoft refit  pascal, fortran et mbasic pour les appliquer aux processeurs 16 bits. Il développa aussi le GW-basic, avec ses énormes possibilités en musique et en graphisme.

En même temps, Gates se rendit compte qu'un système d'exploitation créé par Bell Laboratories, mal organisé mais puissant, était susceptible d'être développé pour les micros utilisant les nouveaux processeurs à 16/32 bits. Ainsi, Unix est devenu Xenix. Tandy et Apple ont tous deux adopté Xenix pour leurs nouveaux modèles en 1983. Il paraît même que Microsoft aurait travaillé sur Mackintosh pour Apple.

Microsoft est également bien implanté sur le marché des loisirs. En 1981, il s'esf lié à une jeune société japonaise (système d'exploitation et basic) pour vendre ses produits aux fabricants de l'Extrême-Orient qui sont en bonne voie pour une nouvelle génération de microordinateurs comme avec le NEC PC8201 et le Tandy Model 100. C'est du désir des Japonais de normaliser les langages et surtout les interfaces avec les périphériques (crayons optiques, imprimantes, poignées à jeux, bras articulés, etc.) qu'est née la norme MSX. 

Bientôt, semble-t-il, Microsoft sortira un format standard pour disques qui permettra l'échange de données entre les trois systèmes d'exploitation les plus répandus : MSX, MS-DOS et XENIX.

Grâce à ses nouveaux logiciels faciles à utiliser, comme l'écran à fenêtre et la souris, Microsoft semble promis à un bel avenir.


Norme industrielle

Le Basic fut développé en 1965 au Dartmouth College (États-Unis), par J. Kemeny et T. Kurtz; il précède donc le microprocesseur d'au moins sept ans. Plusieurs dialectes de ce langage ont vu le jour, mais c'est mbasic, la version de Microsoft, qui est reconnu dans le monde informatique comme étant la norme. Microsoft doit sa réputation à la réussite de mbasic; mais il l'a renforcée en créant MS-DOS, un système d'exploitation qui rivalise avec le CP/M de Digital Research, et qui peut être utilisé dans une large gamme de mini-ordinateurs.
Empruntant la voie tracée par Xerox avec son Star terminal et par Apple avec Lisa, Microsoft vient de sortir un système qui intègre logiciel et matériel d'application : ce sont MS-WINDOWS et la souris. La souris de Microsoft, comme celle de ses concurrents, déplace le curseur sur l'écran à l'aide de deux sélecteurs reliés à un dispositif semblable à une boule multidirectionnelle.


Règles de conduite

En 1970, âgé de vingt-huit ans, Shiina Takayoshi abandonna sa carrière militaire pour créer la Sord Corporation. Il se donna onze règles de conduite pour sa nouvelle société d'informatique. Parmi elles : « Le premier devoir de la société est envers l'humanité. » « La société doit choisir les produits et les services les plus utiles et les fournir au meilleur prix. » « Il ne doit y avoir aucune division entre les travailleurs et la direction. Respect et coopération sont les règles pour tous. »




Les pères fondateurs


Dans l'histoire du micro-ordinateur, matériels et logiciels connaissent des progrès extrêmement liés. En ce domaine, les créateurs ont autant d'importance que leurs produits.




Au cours de l'histoire, les changements technologiques ont plus d'une fois bouleversé les habitudes. Mais rien n'égale la vitesse à laquelle s'est propagée la révolution micro-électronique, même pas le développement de l'aéronautique, de Louis Blériot à la navette spatiale. En moins de dix ans, on est passé des premiers microprocesseurs peu performants aux 16 bits d'aujourd'hui.

Aux alentours de 1971, des responsables de firmes californiennes qui fabriquaient des puces électroniques estimèrent possible de faire tenir un ordinateur entier sur une simple couche de silicium. A cette époque, personne n'envisageait de grandiose révolution, ni ne parlait de « technologie de l'information ». On pensait simplement à construire un petit ordinateur bon marché, qui pourrait contrôler des machines-outils, ou des ascenseurs : les premiers modèles furent d'ailleurs construits dans ce dessein.

On attribue généralement à la société Intel la mise au point du premier microprocesseur, le 4004. Il s'appelait ainsi parce que c'était un processeur de 4 bits, qui manipulait les données par blocs de quatre chiffres binaires. Sa mémoire était très limitée — mais bien suffisante pour un programme de contrôle pour ascenseur.

Dès 1972, Intel avait mené à bien la réalisation du 8008, un 8 bits, et de nombreux fervents d'électronique songèrent à construire autour un ordinateur personnel. Des articles parus dans la presse spécialisée américaine expliquèrent comment procéder; sans écran ni véritable clavier, ces appareils furent quand même les premiers ordinateurs domestiques. Le premier modèle commercial, l'Altair 8800, vient de là. Mais, en fait, beaucoup de spécialistes considèrent que le véritable précurseur des micro-ordinateurs est le Micral français, construit en 1972.

L'année suivante vit naître le 8080, toujours dû à Intel, dans lequel il faut voir le premier « véritable » microprocesseur. Il manipulait des données par blocs de 8 bits et pouvait disposer d'une mémoire allant jusqu'à 64 K. Les autres firmes entreprirent de répliquer. Le 6800 de Motorola était très semblable, mais il obéissait à un jeu d'instructions différent. De là naquirent les inextricables problèmes de compatibilité entre logiciels : les programmes écrits pour le 8080 ne pouvaient tourner sur le 6800, et inversement.

D'autres compagnies, parmi lesquelles on peut citer National Semiconductor, Signetics et Advanced Micro Devices, s'étaient elles aussi lancées dans la production de puces. Mais le lecteur de cassettes pour servir de mémoire auxiliaire — bref, tout ce qu'il fallait. Ce fut le PET 2001, sorti en 1976, et dont le nom même (pet signifie « favori », « préféré ») entendait montrer que l'ordinateur pouvait s'adresser aussi au simple particulier.

Mais, au moment même où le PET était mis en vente, deux autres innovateurs s'affairaient au fond d'un garage californien. Steve Wozniak avait toujours rêvé d'avoir un ordinateur; la fréquentation d'un groupe d'amateurs, le Homebrew Computer Club, lui montra que c'était possible. Son premier modèle était construit à partir d'un simple circuit imprimé. Avec son ami Steve Jobs, il en fabriqua un certain nombre qu'il vendit. C'était l'Apple I (un boîtier muni d'un clavier), le père de l'Apple II, dont le succès allait être phénoménal. Apparu juste après le PET, l'appareil devait susciter la création de multiples entreprises vouées à la fabrication de matériels et de logiciels.

La firme Tandy, installée à Fort Worth (Texas), avait elle aussi des idées sur le sujet. Elle était déjà — elle est toujours — un gros producteur de chaînes haute fidélité, de postes de radio et de synthétiseurs : passer aux ordinateurs domestiques ne représentait pour elle qu'une simple extension du marché, en profitant de surcroît de sa chaîne de distribution nationale, les boutiques Radio Shack. C'est d'ailleurs pourquoi le modèle qu'elle mit en vente (ce fut aussi un énorme succès) s'appelait TRS-80 Model I : TRS signifie Tandy Radio Shack, et 80 fait référence au matériel utilisé, un Z80 de chez Zilog. Cette dernière firme avait mis au point un microprocesseur assez semblable au 8080 d'Intel, mais en lui apportant de nombreuses améliorations.

Le PET et l'Apple II étaient donc bâtis autour d'un 6502, tandis que le TRS-80 recourait aux services d'un Z80. Le marché de la micro-informatique se diversifiait déjà. Mais ce problème se doublait d'un autre : une puce donnée détermine un certain éventail de logiciels, d'où des incompatibilités inévitables. Avec l'établissement de standards concernant le matériel, le même phénomène se produisit au niveau des programmes.

En 1972, un jeune homme nommé Gary Kil-dall travaillait chez Intel comme consultant. Sa compagnie, Microprocessor Application Associates, mettait au point un langage de programmation qui devait permettre aux ingénieurs d'Intel de rédiger des programmes destinés aux puces produites par la firme. L'idée de Kildall était de relier un microprocesseur à un lecteur de disquettes 8 pouces et à un télétype, afin que chaque scientifique dispose de son propre ordinateur. Mais Intel préférait s'en tenir à l'utilisation d'un gros ordinateur en temps partagé.

Kildall et un de ses amis nommé John Torode construisirent eux-mêmes le dispositif, encore dans un garage californien. Torode réalisa la liaison entre le microprocesseur et le lecteur de disquettes, et Kildall rédigea le programme qui permettait au premier de contrôler le second, fonctionnant sous CP/M. Assurer la compatibilité avec celui-ci devint l'un des premiers objectifs des firmes de logiciels.

Les ordinateurs domestiques avaient par ailleurs besoin d'un langage de programmation permettant aux particuliers d'écrire leurs propres programmes. Le basic, né à l'université de Dartmouth, aux États-Unis, était facile à apprendre et constituait de ce fait un choix tout désigné.

Bill Gates, un universitaire de Seattle, mit au point sur une puce un interpréteur basic, capable d'assurer la traduction des instructions en langage machine. Sa compagnie, Microsoft, devint la plus grande créatrice de langages de programmation, tout comme Digital Research régnait sur les systèmes d'exploitation. La fortune de Gates était faite.

De multiples avancées technologiques continuèrent de voir le jour. Dan Bricklin et Bob Frankston écrivirent Visicalc, le premier tableur (ou feuille de calcul), au sein de leur compagnie, Software Arts. Ce programme, distribué par Personal Software et tournant sur Apple II, devint le best-seller des programmes d'application, à tel point que Personal Software changea de raison sociale pour devenir VisiCorp. Un traitement de texte produit par MicroPro, la compagnie de Seymour Rubinstein, et appelé Word Star, connut un succès analogue sur le marché des programmes tournant sous CP/M.

Tous ces logiciels étaient destinés à des ordinateurs qui devenaient sans cesse plus puissants, et surtout moins onéreux. Un Britannique installé aux États-Unis, Adam Osborne, d'abord journaliste et rédacteur technique, puis éditeur de programmes, lança un ordinateur portable orienté vers la gestion. Le prix en était intéressant, et par surcroît l'appareil était vendu avec plusieurs logiciels intégrés. Il y eut aussi sir Clive Sinclair, dont les ZX-80, ZX-81 et Spectrum, par leur prix extrêmement bas, ont permis à des millions de débutants d'aborder l'informatique pour la première fois.

Le lancement par IBM, en 1982, de l'IBM PC a fait naître aussitôt un nouveau standard : tous les constructeurs et toutes les firmes productrices de logiciels ont entrepris très vite de travailler pour lui, ce qui n'a pu qu'inciter l'acheteur à se tourner vers cet appareil.

L'IBM PC a d'ailleurs fait appel à de nombreux pionniers de l'époque héroïque. Son microprocesseur vient de chez Intel; les systèmes d'exploitation sont dus à Microsoft, de Bill Gates, et à Digital Research, de Gary Kildall; et Visicalc et Wordstar furent parmi les premiers logiciels installés sur la machine.

Steve Wozniak et Steve Jobs sont toujours à la tête d'Apple, en concurrence directe avec IBM, et font reposer tous leurs espoirs sur la technologie révolutionnaire de Lisa et du tout récent Mac Intosh (une sorte de version simplifiée de Lisa, valant aux alentours de 20 000 francs). Chuck Peddle a monté sa propre compagnie, Sirius, et a réussi à s'emparer d'une bonne part du marché britannique avant l'arrivée d'IBM. Il est cependant victime actuellement de graves difficultés financières.

Mais il fera encore parler de lui un jour ou l'autre. La brève histoire de la micro-informatique montre que les précurseurs survivent, même quand les multinationales s'efforcent de dicter les règles du jeu.






Dresseurs de puces (Zilog Z80)


Lorsqu'en 1977 Zilog Inc. lança sur le marché le microprocesseur Z80, peu de gens eurent l'impression d'assister à une révolution. Pourtant, le Z80 est entré dans presque tous les foyers.




L'histoire de Zilog commence au début des années soixante-dix. Frederico Faggin et Masa-toshi Shima, deux employés d'Intel — un producteur de circuits intégrés — décidèrent de fonder leur propre compagnie. Ils avaient participé à la mise au point du 8080A (qu'on a décrit comme étant « le premier ordinateur contenu dans une puce »). Tirant parti de cette expérience, ils entreprirent d'aller plus loin. Le 8080 connaissait déjà un grand succès auprès des concepteurs comme des amateurs passionnés et les deux hommes, tout naturellement, cherchèrent à créer une puce qui serait compatible avec lui. Cela permettrait, entre autres, d'accéder aux programmes déjà écrits pour lui. Grâce à leur expérience de première main du 8080, ils parvinrent à accroître le jeu d'instructions (les commandes en langage machine contenues dans le microprocesseur), grâce à l'introduction de registres supplémentaires, de codes opératoires à deux octets, etc. Le résultat final — le Z80 — représentait un progrès considérable.

Cette révolution au niveau des matériels s'accompagna par chance d'un bouleversement analogue au niveau des logiciels. En 1972, Gary Kildall et John Torode avaient écrit un programme appelé Control Program/Monitor — en abrégé CP/M — qui permettait à un microprocesseur de gérer les systèmes de disquettes, qui venaient de faire leur apparition. Kildall était lui-même consultant auprès d'Intel, et CP/M était donc prévu pour pouvoir tourner sur 8080 et 8085. Ce logiciel devint très vite le système d'exploitation de disquettes dominant sur le marché des micro-ordinateurs; Zilog se retrouvait donc dans des conditions idéales pour tirer parti de cet engouement, puisque le Z80 était compatible avec le 8080.

Cette réussite triomphale fut pourtant à l'origine des difficultés ultérieures. Si le Z80 se vend toujours aussi bien — la firme produit un million d'unités par mois —, le passage au stade des puces de 16 bits s'est révélé très épineux.

Le Z8000 fut la première tentative de Zilog en ce domaine. Si l'on y voit généralement un microprocesseur très puissant, pourvu d'un vaste jeu d'instructions et de nombreux registres, il est malheureusement très difficile à programmer. De surcroît, il n'est pas compatible avec le Z80, et il ne peut donc pas exploiter les innombrables programmes écrits pour ce dernier. Les constructeurs désirant mettre au point un ordinateur 16 bits avaient par conséquent tendance à rechercher une puce moins exigeante. Bien que compatible avec le Z80000 (ou Z80K) à 32 bits — mais ce dernier n'est pas encore disponible commercialement — le Z8000 ne connut donc qu'un succès limité. Les concepteurs de Zilog retournèrent à leurs planches à dessin, et la compagnie doit bientôt lancer le Z800, un 16 bits qui sera cette fois compatible avec le vénérable Z80. Celui-ci vient d'être choisi comme unité centrale des micros répondant aux normes MSX adoptées par de nombreux constructeurs japonais; et Commodore annonce une nouvelle série autour du Z8000.


Esprit de système (CP/M - Digital Research - Gary Kildall)


Depuis sa création, le système d'exploitation CP/M (Control Program for Microprocessors) est devenu une véritable norme en informatique. Son succès a bouleversé la vie de son concepteur, Gary Kildall.




Gary Kildall était membre de l'équipe de recherche qui mit au point, pour Intel, le microprocesseur 8080. Sa première version du CP/M, créée en 1974, avait pour but de fournir un compilateur PL/M — le premier langage évolué produit par la compagnie. Il y ajouta l'année suivante un éditeur (ED), un assembleur (ASM), ainsi qu'un programme de recherche d'erreurs (DDT). Il offrit le tout à Intel qui déclina la proposition : ce refus fut sans doute la plus grande chance de sa vie. Associé à Dorothy McEwan, il se mit à publier des revues pour passionnés d'informatique, et à vendre aux amateurs des copies de son système d'exploitation. Le succès fut immédiat.

Volontairement ou non, Kildall avait en effet mis au point un programme qui apportait un début de solution au plus gros problème alors rencontré par la micro-informatique naissante : la compatibilité. Les trois micro-ordinateurs les plus répandus à la fin des années soixante-dix (le PET, l'Apple, le TRS Tandy) avaient des systèmes d'exploitation de disquettes tout à fait différents, et les firmes productrices de logiciels étaient contraintes de choisir un format ou un autre : il fallait donc récrire tout programme destiné à une machine particulière, puisqu'il ne tournait pas sur les deux autres. CP/M changea tout cela : son immense popularité le fit adopter par de nombreux constructeurs, dont les ordinateurs abritaient un 8080 d'Intel ou un Z80 de Zilog : le système permettait une manipulation aisée de l'écran, de l'imprimante, des disquettes, du clavier... Son succès en fit une norme de fait, pour laquelle on écrivait toujours plus de logiciels nouveaux, ce qui était une raison supplémentaire de recourir à lui.

CP/M était au départ l'abréviation de Control Program Monitor : ce titre d'allure modeste céda assez vite la place à celui de Control Program for Microprocessors. Dans un premier temps, seuls quelques utilisateurs choisis purent en bénéficier; en 1976, toutefois, Kildall se vit assailli de tant de demandes qu'il abandonna son poste de professeur d'informatique à l'université navale de Monterey pour fonder Digital Research à Pacific Grove, en Californie.

La nouvelle compagnie s'intéressa aux systèmes multi-utilisateurs à l'intention desquels elle lança MP/M, qui devait être pleinement compatible avec CP/M, mais qui ne connut jamais le même succès. Ce que devait savoir un programmeur (découpage des zones allouées aux utilisations, nature des diverses configurations, etc.) n'avait rien d'évident; de surcroît, le maniement des fichiers différait parfois de celui de CP/M. Enfin la baisse du prix de revient d'un microprocesseur rendait inutile le partage d'une même unité centrale entre plusieurs personnes. MP/M, bien que revu plusieurs fois, ne devint jamais populaire.

Digital Research obtint des fonds de plusieurs compagnies, spécialisées dans le « capital-risque », pour devenir en 1981 une véritable multinationale, particulièrement bien implantée en Europe (elle a des bureaux en Allemagne, en France et en Grande-Bretagne). A peu près à la même époque, elle fit tout son possible pour signer avec IBM un contrat et mettre au point le système d'exploitation du tout nouvel ordinateur individuel que « Big Blue » s'apprêtait à lancer. Microsoft finit cependant par l'emporter, mais Digital Research, ne s'avouant pas vaincue, a depuis adapté le CP/M afin qu'il soit compatible avec les microprocesseurs 8088 et 8086 d'Intel, et donc avec le PC et son système d'exploitation MS-DOS.

Elle est allée encore plus loin avec le Concurrent CP/M. Il fonctionne à l'inverse du MP/M, puisqu'il permet à plusieurs programmes d'être exécutés simultanément. Un particulier peut ainsi travailler à trois tâches différentes en même temps, et passer à volonté d'un tableur à un courrier électronique ou à un générateur d'états. Chaque écran correspondant — ou même une partie de celui-ci — peut être affiché au même moment grâce à des « fenêtres ». Les versions récentes du système devraient, elles aussi, accepter la plupart des programmes rédigés pour le DOS de l'IBM PC.

L'une des décisions les plus importantes de Digital Research (imitée en cela par bien d'autres compagnies) est de recourir exclusivement au langage C pour tous ses travaux de développement.

Il est sans doute justifié de dire qu'une véritable portabilité ne s'obtient que par le biais de langages très évolués. Mais Digital Research, qui cherche aussi à occuper le marché de l'informatique individuelle, a créé un département spécialisé et propose de nombreux langages à l'intention de divers micro-ordinateurs : Personal BASIC, Personal CP/M, ainsi qu'une version particulière de LOGO. CP/M-86 et Personal CP/M doivent être stockés en mémoire morte, et seront bientôt disponibles sur un microprocesseur Z80, grâce à un accord conclu avec Zilog. C'est là un bon moyen de prolonger la vie active de bon nombre de programmes CP/M « standard » déjà anciens : leur bas prix les mettra à la portée du simple particulier.

VIP et GSX sont deux autres systèmes riches de multiples potentialités, VIP est un « langage de commande » visuel bon marché, uniformément utilisé par le programmeur quel que soit le programme d'application en cours d'exécution. Il est possible de manipuler les mêmes données pour plusieurs programmes différents, et de les transférer de l'un à l'autre. De ce point de vue VIP est assez semblable au Macintosh et à la Lisa d'Apple, mais se montre beaucoup moins gourmand en mémoire : il peut tourner sur tout ordinateur comportant plus de 50 K de RAM, et équipé d'une mémoire auxiliaire sur disquette de 150 K ou plus.

GSX est censé faire pour le graphisme ce que CP/M fait pour les disquettes. Il a recours à un ensemble de fonctions graphiques qui peuvent être mises en œuvre sur des matériels très différents : un programme GSX tournera sans modifications sur un écran couleur, noir et blanc, sur une imprimante ou une table traçante. Pourtant des difficultés subsistent : le système ne peut parvenir à la qualité des programmes rédigés pour un appareil spécifique, et souffre du manque de logiciels.

Bien qu'étant l'une des toutes premières firmes sur le marché de la micro-informatique, Digital Research n'entend pas se reposer sur ses lauriers. Outre des produits comme le LOGO, GSX ou VIP, elle entend imiter Microsoft et aborder le domaine prometteur des programmes d'application. Le succès jamais démenti du CP/M lui permet d'envisager l'avenir avec confiance.


LOGO

Digital Research a abordé victorieusement le marché des langages de programmation. Son DR LOGO a, comme toutes les bonnes versions du LOGO, de remarquables possibilités graphiques.


Graphisme de gestion

GSX est un logiciel d'avant-garde destiné à rendre les applications graphiques transférables d'une machine à l'autre. C'est le cas de ce graphisme de gestion présenté ici. 

Grace Hopper


Grace Hopper fut l'une des premières femmes à travailler sur les ordinateurs, et contribua à la création des langages évolués.




On considère souvent l'informatique comme un domaine strictement masculin. Pourtant les femmes y jouent un rôle sans cesse croissant, et de ce point de vue Grace Hopper fut l'une des pionnières. Sa contribution la plus importante se situe au niveau de la programmation : elle créa le premier compilateur et participa à la mise au point du langage cobol.

Une fois ses diplômes obtenus, Grace Hopper travailla d'abord à Yale, puis revint à Vassar, son université d'origine, pour y enseigner les mathématiques. Elle y demeura jusqu'à l'âge de trente-neuf ans ; il lui fut alors demandé de mettre ses compétences au service de l'effort de guerre, et elle travailla à divers projets de calcul pour le compte de la marine. En 1945, elle fut envoyée à Harvard pour collaborer avec le physicien Howard Aiken à la mise au point d'un ordinateur. Aiken avait contacté IBM en ce sens dès 1937 ; son projet était de construire un appareil qui aurait recours au matériel mécanographique classique. L'engin était encore de conception strictement mécanique, mais il était assez prometteur pour qu'IBM accepte d'investir dans la fabrication d'un modèle amélioré qui utiliserait des relais électromécaniques. Ce devait être le Harvard Mark II.

En ces temps héroïques, le seul moyen de programmer l'ordinateur était de le recâbler à chaque nouvelle opération. Au cours de l'été torride de 1945, Grace Hopper se retrouva bientôt submergée sous les câbles. Les militaires avaient impérativement besoin de nombreux calculs balistiques, et périodiquement le commandant Aiken passait en demandant : « Hopper, et mes nombres? » Après une panne particulièrement épineuse, dont la cause était une phalène entrée par la fenêtre et qui avait trouvé sa fin dans un relais, Grace répondit simplement : « Nous faisons la chasse aux insectes ! » (" We are debugging!"). Là est l'origine du mot bug, qui désigne en anglais une erreur de programmation (en français : « bogue ») et dont le sens premier est insecte. Le journal de bord du Harvard Mark II, conservé au Musée naval de Virginie, contient encore, à la date du 9 septembre 1945, 14 h 45, la toute première « bug », collée dans la marge après avoir été soigneusement récupérée avec une pince à épiler.

Deux ingénieurs, John Mauchly et Presper Eckert, construisaient à la même époque un autre ordinateur, l'ENIAC. Après la guerre ils montèrent leur propre affaire, afin d'assurer la production d'une version de cette machine tournée vers le monde des affaires. C'est avec ces intentions qu'ils demandèrent à Grace de se joindre à eux. L'appareil s'appelait l'UNIVAC (UNIVersai ACcounting machine, « machine à calculer universelle »). Grace s'occupa surtout de la programmation, et c'est en cherchant à mettre au point des programmes de gestion qu'elle eut l'idée de simplifier la réécriture de certaines routines de fonctionnement qui revenaient sans cesse. Faire écrire à l'ordinateur ses propres programmes était, pour l'époque, une trouvaille remarquable : Grace créa ainsi le premier langage de programmation et le compilateur qui devait en assurer la traduction en code machine. Il fut simplement appelé « A-O », et provoqua l'incrédulité des spécialistes, pour qui les ordinateurs pouvaient tout au plus faire des calculs arithmétiques ou manipuler certains symboles. Ils furent stupéfaits de voir l'appareil passer de lui-même à un sous-programme conservé en mémoire.

En mai 1959, le capitaine Hopper fut invitée par le Pentagone à se joindre à un comité de travail qui devait créer et standardiser un langage unique destiné aux ordinateurs de gestion. En moins d'un an cet organisme mit au point la première version du cobol (COmmon Business Oriented Langage). Grace avait joué un rôle important dans cette tentative de retenir les points forts de chaque langage existant, et d'offrir ainsi au monde des affaires un outil particulièrement performant. Le cobol est aujourd'hui encore très largement utilisé dans le monde des affaires — signe évident de la réussite de l'entreprise.


COBOL

Le COBOL fut l'un  des premiers langages explicitement prévus à l'intention des non-mathématiciens. Il favorise l'emploi de procédures générales rédigées dans un style de type narratif, plutôt que de recourir à des routines codées applicables à un seul type de problème. Un programme écrit en COBOL comporte quatre divisions. Identification : nom du programme, nom de l'auteur, références générales. Environnement : tous les détails relatifs au type d'ordinateur utilisé (bien que le COBOL permette de rédiger des programmes « translatables », tournant sur des appareils très différents). Données : employées dans de nombreuses parties du même programme. Procédures : ensemble des opérations de traitement des données.